☀️ Lettre à mon fils 🌕✨

Laye-Nino, mon fils,

Nous sommes arrivés au bout de la route, celle où tout a commencé il y a plus de 25 ans, là où ton père et moi avons nourri notre histoire qui est ensuite devenue la tienne.

Revenir ici était essentiel, et cela, je l’ai compris au fil du chemin qui nous y a conduit.

Il est douloureux aujourd’hui de trouver les mots pour t’accompagner une dernière fois, comme s’il fallait encore te dire au revoir. Mais il est essentiel pour moi, pour ton père, et pour nous tous je crois, d’y revenir quand même.

Nous sommes ici en pays sérère, pays de ta grand-mère Fatou Kiné N’diaye. Ton grand-père quant à lui, Demba Fotigui Touré, était bambara, et natif de la caste des griots, des « djelis » comme on les nomme ici, ceux par lesquels l’histoire se nomme, se danse et se chante. Je viens moi aussi d’une famille nourrie de mots, de musique, de danse et de chant.

Depuis plusieurs mois, l’écriture est mon chemin, là où mon corps peine à danser…

Depuis plusieurs mois que tu es parti, un vide immense habite mon cœur et mon corps.

Avec ta mort, j’ai découvert avec violence combien le mot « jamais » peut être insupportable.

Fatou Diome, originaire de Niodior, petite île juste à côté d’ici, écrit ceci : « selon la croyance ancestrale animiste du pays sérère, la fluidité avec laquelle les âmes transitent d’un espace à l’autre de l’Univers est de même nature que celle qui nous porte d’une pièce à l’autre d’une même maison. Alors où situer nos morts ? (…) où que je sois, les miens m’entourent, cela, j’en suis certaine.

(…) Plus vivants que tant de gens qui respirent le même air que nous, les meilleurs de nos morts deviennent des Veilleurs et ne nous quittent pas des yeux. En toute nuit, la lumière de leur regard nous ouvre la route, comme avant (…) Essuyez vos larmes, ouvrez grand votre cœur, écoutez les silences et souriez à ces êtres discrets qui veillent sur vous ! »

Le 10 aout 2025, tu es passé du soleil à la lune. Depuis, elle est celle qui brille haut, celle qui apparait et disparait, celle que je guette, que je cherche, qui parfois me trouve.

Tu manqueras à jamais à ce monde qui suffoque.

Tu me manqueras à jamais, tu nous manqueras à jamais.

Mais ici j’ai aussi compris ceci : tu seras à jamais dans chaque respiration, dans chaque souffle de vent qui agite les pales du rônier, dans chaque battement d’aile du martin pêcheur qui lévite au-dessus de l’eau, dans chaque chant d’oiseau, dans chaque étoile qui se reflète à la surface du fleuve.

Toute ta vie, je t’ai chuchoté à l’oreille, dans les doux comme les plus durs moments, que je ne te lâcherai jamais. Et ici, j’ai compris que j’allais continuer à tenir cette promesse.

Ta mort s’impose, ton absence et le silence s’imposent, le manque s’impose.

Pourtant, le souffle est revenu, doucement, lentement, comme le fleuve qui caresse doucement la rive.

Pourtant mon corps s’est remis en mouvement, doucement.

Et j’ai compris que j’allais continuer à vivre, avec la joie et la chance de t’avoir connu.

J’ai compris que j’allais t’emmener partout avec moi, dans mon cœur, dans mes yeux grands ouverts, dans ma peau qui ressent et qui touche.

Je vais parler de toi, de ton sourire, de tes éclats de rire, de la douceur de ta peau, de tes déhanchés chaloupés, de ta connerie, de ta beauté.

Je vais écrire et chanter pour toi.

Je vais continuer de nous construire des souvenirs.

Je vais puiser dans ta force de vie pour continuer la mienne, dompter la peur et le vide, me nourrir de ton soleil pour éclairer ma route. Je vais te laisser me guider.

Je te ressens partout…

Chez nous en France, tu reposes au pied d’un cerisier dont les fleurs commencent à éclore. Ici, tu vas reposer au pied de cet arbre, le baobab sacré de Fosemou, qui a accueilli des bouts de notre histoire, au creux de cette terre qui est aussi la tienne.

Repose en paix mon fils, et veille sur nous.

Je respire.

Je te l’ai dit, je suis indestructible.

Je continue la route, nous continuons notre route.

Je t’aime.

Ta maman.