MAROC,  MAURITANIE

# 9 ✨ La traversée du désert…

La route vers Tan – Tan avait déjà amorcé le changement de paysage. Plus nous descendons, plus l’aridité des terres s’impose, forçant la végétation à moins s’étendre, à moins se dresser… ouvrant la porte au vent qui soulève le sable, creuse la roche et transforme doucement le relief en désert.

Ici commence le Sahara Occidental, qui s’étale sur des milliers de kilomètres entre cette immense étendue de terre constituant le sud marocain et la Mauritanie.

Le désert est un paysage changeant, fait de sable, de roche, de cailloux, et qui se déploie à l’infini, comme s’il n’y avait plus rien qui ne puisse arrêter le regard.

La lumière est souvent aveuglante tant le soleil nous écrase. L’air est chaud et piquant. Le décor a quelque chose de lunaire avec ses grandes étendues à perte de vue, ces cratères et ces montagnes, et le vent qui doucement, efface tout.

Ça et là apparaissent quelques « villages », faits de tentes berbère ou de constructions en tôle ou ciment, témoignage de la lente transformation d’un mode de vie nomade à plus sédentaire.

Les sahraouis évoluent dans ce décor, marchant au bord de la route, veillant le troupeau de dromadaires au milieu de ce qui semble « nulle part »… ou les enfants profitant de notre arrêt pour se coller à la vitre et tenter par tous les moyens de nous séduire pour que nous leur cédions un « bic » (… encore 🥲)

Ça et là nous croisons quelques carcasses de voitures, de camions, mais aussi d’animaux, les uns comme les autres laissés là, pour que le temps en fasse son affaire… (ou pas… !😏)

Et cette piste que nous suivons… jadis faite de cailloux et de sable, est aujourd’hui une immense ligne droite goudronnée: … ils ont construit des autoroutes ! (enfin… pas tout le long non plus mais presque)

Alors sans doute que cela rapproche les sahraouis d’une ville à l’autre, dans cette immensité de sable et de cailloux… mais pour nous, pauvres touristes en manque de sensations 🙄, cela enlève le côté aventure de cette partie du voyage… (enfin, pas tout à fait quand même!), comme si l’homme avait tracé une autoroute sur la lune…

Et puis de grands câbles ont été tirés pour acheminer l’électricité, qui défigure le paysage avec ses alignements de poteaux à perte de vue… et les antennes relais… pour nos connexions avec le monde (bon… ce n’est pas encore totalement performant non plus !). C’est comme ça!

Et des éoliennes, dont le chant par le vent dans leurs pales, remplace celui des oiseaux.

Alors les villages et les villes sont reliées. Les voitures circulent en nombre, et surtout les camions acheminent toutes les matières premières et nécessaires au développement de la vie de l’homme encore plus loin dans cette terre aride et austère.

Je ne peux pas me plaindre, j’ai eu le temps de vivre l’autre route il y a 25 ans avec @Félicia…

La piste n’était faite que de sable et de cailloux, longeant l’océan à perte de vue! Jusqu’à ce que « soudain coup » (l’expression n’est pas de moi j’avoue… mais de mon ami @stephN dont je vous recommande vivement les romans jeunesse… 😉 ya pas de raison! )

Donc, « soudain coup » disais-je, la piste plonge dans la vallée creusée par un oued, autour duquel s’épanouissent palmiers et nature arborée à foison… sans qu’on ne l’aie vue venir. Aujourd’hui, nous allons traverser quelques oueds, mais je crois que les oasis se sont transformées en villes, dignes encore une fois d’un western.

Ou encore, lorsque notre regard ne trouvait rien sur quoi se poser hormis cette étendue brune, et « soudain coup », un homme, une femme, assise sur un caillou, qui semble attendre… quoi ? et surtout venant d’où ? pour aller où ?

Et encore, la musique à cale dans notre Fiat Uno bordeaux, à savourer nos Stoptoux et chanter comme des tordues… et « soudain coup », à s’arrêter là, comme ça, sans se garer (de toutes façons il n’y a personne à perte de vue… ), sortir de la voiture pour changer de conductrice et là… le silence, juste le souffle du vent… à perte d’ouïe 🙃

C’était il y a 25 ans ! Célibataires, sans enfants… une autre vie 😅

Nous dormirons à Laâyoune, capitale du Sahara Occidental. Elle est devenue une mégapole moderne et immense! Nous traversons des rues aux échoppes brillantes et dignes d’une grande ville française. Les sahraouies que nous croisons sont habillées voilées de la tête au pied ou au contraire, tête nue et style vestimentaire à l’européenne.

Sur la grande place, Macéo trouvera à jouer au foot (et ça lui fait du bien !) au son de « sur ma route » de Black M… comme un petit clin d’oeil à son frère. Nous lui avions offert sa place de concert pour ses 11 ans, et je l’avais accompagné, pour son plus grand plaisir…jusqu’à ce qu’il me demande d’arrêter de lui crier (les paroles des chansons connues par coeur à force qu’il nous bassine avec) dans les oreilles… 🥲

Puis Dakhla… Je suis arrivée ici en me souvenant combien je n’avais pas aimé y séjourner en 2001…

2001: bout de la route, étape ultime avant le « no man’s land » à l’époque, ce bout de terre du Sahara occidental, entre Maroc et Mauritanie, qui portait (et porte sans doute encore) les traces des batailles avec le Front Polisario, pour une reconnaissance d’indépendance jamais obtenue par les sahraouis.

2001: Quelques bâtisses autour d’un bastion militaire pour tenter de vivre un peu des touristes en attente du convoi militaire pour passer la frontière.

Et à l’époque, des hommes qui se sont cru en droit d’obtenir de moi des faveurs non consenties (et qui ne les ont pas eues !)… Bref! Pas terrible comme expérience 😕

De retour 25 ans après…. Dakhla est devenue une ville, que dis-je… une mégapole ! 200000 habitants, des boulevards, un aéroport, un futur port maritime (prévu comme le plus important du Maroc!)… De l’industrie et des pêcheurs, des touristes autour du kite-surf qui s’est développé à raison, tellement les lagunes sont belles, le vent est fort et les vagues immenses…

Alors des touristes à perte de vue, des complexes hôteliers partout… et des sarhaouis dans une ville sans histoire, sans âme… Pas de médina, ville intemporelle. Des bastions militaires construits comme des châteaux forts, tours et remparts d’enceinte…

Je n’aime toujours pas bien… Je retrouve cette errance qu’était la notre il y a 25 ans quand il a fallu attendre la fin des 2 ou 3 jours de deuil national, date anniversaire de la mort du roi Hassan 2, pour partir en convoi.

Aujourd’hui, il nous faut attendre le feu vert de nos visas… Alors dans l’attente, la rencontre avec Aziz a un peu aidé à faire vivre autrement cette journée. Parce que ce vieux monsieur nous a accompagné dans nos démarches. Parce que ce vieux guide était là il y a 25 ans et a eu plaisir à se dire qu’il se souvenait de Félicia et moi, « il y avait peu de femmes qui voyageaient seules à l’époque… ». Parce ce qu’il a vécu des rencontres, mais surtout parce qu’il a de l’histoire à raconter autour de cette ville, de son pays… de sa vision du monde!

Mais plus on descend vers la Mauritanie, plus les paysages désertiques s’imposent et le désert approche, et plus mon corps se serre. Ce paysage où la vie se retire progressivement m’est de plus en plus hostile, peut être trop proche d’une métaphore insupportable. L’océan et ses mouvements m’apaisent davantage, par l’incessant mouvement de ses vagues et de sa surface qui m’aident à respirer.

Le besoin de nouveau de reprendre la route, et retrouver l’océan.

Le vent s’est enfin un peu calmé ! Il soufflait depuis plusieurs jours à Dakhla, nous obligeant à beaucoup rester dans le camion, et surtout nous rendant un peu fous. Depuis presque 2 mois, nous avons eu froid, de la pluie, du vent… nous obligeant à vivre trop souvent reclus dans ce tout petit espace. La tension entre nous se fait sentir, peut être aussi parce que ce désert me pétrifie!

Mais d’abord, il faut passer la frontière Mauritanienne. Grâce à Maouloud qui me guidera dans les méandres des bureaux des douaniers mauritaniens (là où ce n’était qu’une petite tente en 2001 !), nous gagnerons une énergie précieuse même s’il nous aura fallu 8h pour franchir les frontières marocaine puis mauritanienne. Nous dormirons à un barrage de police, non loin de Nouadhibou, pour repartir direction Nouakchott dès le lendemain.

Le besoin est de traverser rapidement la Mauritanie pour arriver au Sénégal… Il faudra un peu plus de temps que prévu car la tempête s’est levée et la route est beaucoup moins fluide qu’au Maroc…

Il faut éviter les cratères 🤪, les dunes qui avancent sur la route, les mauritaniens qui roulent comme des balles… le vent qui secoue le camion et le sable qui décape tranquillement la peinture sur le flanc gauche…

Il faut aussi éviter les nuages de criquets qui viennent s’échouer violemment sur la face avant du camion, et même un peu dans l’habitacle… faute d’avoir eu le temps de remonter les vitres plus vite!

Et les dromadaires… et leur belle couleur sable que j’aperçois au dernier moment, bien trop tard pour arrêter le camion en marche.

Alors cette chamelle qui stoppe au milieu de la route, peut-être pour protéger son petit, a violemment heurté sa grande gueule au flanc gauche du camion… Mais elle est repartie, l’air de rien (elle doit quand même avoir quelques molaires en moins et un bon mal de crâne, car ça a tapé bien fort !). Par contre, nous… la casse aurait pu être pire, mais elle a été quand même! (ils pourraient pu les faire en vichy bleu et blanc les chameaux, on les verrait mieux !)

Nouvelle nuit à un autre barrage de police à la sortie de Nouakchott, et le soleil se lève sur une journée moins ventée. Nous roulons jusqu’à Rosso, ville frontière entre la Mauritanie et le Sénégal, en découvrant progressivement combien le désert se retire. La végétation change, la culture des champs réapparait, la route serpente et ondule… On approche du Sénégal.

Escortés sur les 20 derniers kms… (bon, ce seront des rabatteurs de mèche avec les flics mais cette fois, je ne réfléchis pas trop et accepte ces intermédiaires, et c’est très bien !).

En 20 minutes, les formalités sont pliées côté Mauritanie ! On monte sur le bac pour traverser le fleuve Sénégal, agité et marron…

De l’autre côté… c’est le Sénégal. Ça grouille de partout ! Les femmes sont assises et vendent des gertés (cacahuètes) et du bissap (infusion de fleurs d’eucalytus). Ça sent le thiouraye et les femmes sont colorées, lumineuses et tellement belles.

Et c’est reparti pour les formalités côté Sénégal cette fois. De bureau en bureau, quelques pauses dans un canapé du cru (tu es presque assis par terre… ça me rappelle des souvenirs @Jacques et Cécile, dans le bureau à Fissel), devant une télévision qui diffuse l’enregistrement studio d’une chanteuse sénégalaise… Tout y est ! Le kitch, le son et l’image qui saute, les instruments tama, guitare malienne, sabar, djembé, les voix nasillardes, le maquillage à outrance.

Bon… le douanier mauritanien aura oublié de tamponner le passeport de FX donc petit À/R express pour lui en pirogue, avec le chef de conduite qui fait asseoir les enfants embarqués avec lui, à droite ou à gauche selon où il faut écoper sa barque…

Et des plombes à attendre dans le bureau que l’électricité et la connexion se mettent d’accord pour fonctionner ensemble et suffisamment longtemps pour prendre l’assurance voiture! Mais on y arrive.

Derniers mètres, un peu de khalis (argent) pour tout ça, encore quelques contrôles et des palabres…

Et ça y est, on est arrivé…

On est au Sénégal…

Et je fonds en larmes…

6 commentaires

  • Anne

    Ohlala moi aussi tu m’as fait pleurer à la fin… il y a tant d’attentes…
    Alors que quelques lignes au dessus je rigolais en me disant que ça ferait son petit effet ici à Paris de dire « oui le rétro est cassé, je me suis pris une chamelle »
    Merci pour tes posts et ta sincérité Manou ! Tu dois y passer un temps dingue mais le résultat est là.
    Et le carnet de voyage de Maceo est super aussi, sobre et efficace, mais j’adore aussi, j’espère qu’il va persévérer !
    Énormes bisous à tous, et respect pour vous être lancés dans ce voyage, avec tout ce que ça implique, au quotidien, en pratique (FX = warrior sur tous les plans), et en émotions

    • . Jacques

      Wouaho…., bienvenus au pays de la Téranga après ce long périple partagé avec application, illustrations, poésie et émotions contenues mais bien présente, bravo et merci Manou.
      Nous avons déjà hâte de vous retrouver à Ndangane.
      Concernant nôtre épisode Fissel et le bureau « ventilé » de Sagar Diouf, Au milieu de nos fous rires, je le souviens d’avoir dit « j’ai les bonbons qui collent au papier » 😊, pas très raffiné mais nous étions à fond !

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