FRANCE

# 15 ✨ Le retour en avant

Revenir, rentrer.

Avant d’arriver à la maison, il nous reste de la route. Elle nous amène doucement à retrouver du familier dans le décor.

Du Pays Basque en passant par le Gers, la Haute Garonne, le Tarn, l’Aveyron, la Lozère… le paysage défile sous nos yeux.

L’océan encore un peu, puis rapidement des montagnes herbeuses et arborées, si vertes en ce début de saison estivale.

Des champs de culture à perte de vue, champs de blé, d’orge, d’une belle couleur dorée, auxquels se mêlent les bleuets, les coquelicots… à perte de vue. Champs de maïs, soja, brillants d’un arrosage matinal sous un soleil déjà éclatant

Et ces couleurs…

Les mimosas sont en fleur aux abords des maisons, tellement beaux! Mais chez les autres 😅 car pour moi, ces fleurs me dépriment quand elles fanent, leurs belles couleurs rose ou bleu turquoise éclatant, virant au marron moche d’un tableau vieilli. Alors j’aime les admirer en passant, en cette période où ils sont si massivement colorés! (mais je conduisais donc il n’y a pas de photo… à vous de les imaginer ou de regarder autour de vous, peut-être qu’il y en a!)

Halte nocturne à Saint Pierre de Mont, à côté de Mont de Marsan, à l’endroit du départ de « la Cavalcade », défilé de chars fleuris, d’enfants aux vélos fleuris, de musique trad avec danseurs folkloriques sur échasses, et moins trad avec Zumba et danseuses en legging moulant.

Et puis je parle de la place de la religion dans le domaine public au Portugal, mais Notre dame des champs est aussi bien représentée en France! Elle trône sur sa stèle au croisement des chemins. Pas de chapelle, la statue prend l’air.

Et des églises, dans chaque village, dans chaque ville. Et des croix, comme cette croix métallique plantée au cœur de son parterre d’herbes hautes et de son enclos en fer forgé. Ou celle-ci en pierre au croisement du chemin… À bien y regarder, il y en a partout!

Et puis aux routes succèdent des routes, comme depuis bientôt 6 mois. Mais ici, des routes pas trop pourries, un code de la route à peu près respecté qui rend un peu moins suspicieux dans la conduite.

De-ci de-là des châteaux dont on ne voit que l’entrée marquée d’un haut portail ouvrant sur une allée d’arbres centenaires…Trace de notre histoire au temps des rois et des chevaliers, trace aussi d’une noblesse contemporaine qui continue de faire briller ces joyaux.

Des pelouses tondues jouxtant une forêt sauvage mêlant feuillus et conifères. Encore quelques palmiers dans les jardins dans le sud. De moins en moins en remontant vers le nord, mais des arbres feuillus, touffus, des saules pleureurs… (ça m’a manqué!). Des routes bordées de platanes.

Des places de village où s’installe le marché du dimanche, une famille en pique nique, des joueurs de pétanque ou juste quelques ados en mob qui scrollent leur tel.

Et puis la Haute-Loire, ce coin derrière chez nous que nous aimons tant!

Ces hauts plateaux à perte de vue. Des oiseaux qui gazouillent dans les arbres au matin frais d’une journée de juin qui s’annonce chaude. Des genets en fleur. Des lacs, des étangs, des rivières, des fleuves… un pays d’eau même si elle vient aussi à manquer au fil des années…

Et nous y voilà.

Pillot, la maison est toujours là. ☀️

L’arrivée est douce, colorée… Il faut dire que l’accueil est juste parfait: la pelouse est tondue, les fleurs sont de sorties, le frigo est rempli, les lits sont faits…

Même BBC ne nous boude pas trop longtemps et reprend vite ses habitudes.

Alors doucement nous essayons de retrouver les nôtres.

Mais comment écrire ce qu’il en est de ce retour?

Écrire…

Il a été essentiel d’écrire.

Pour moi, pour donner forme au chemin intérieur qu’est le mien depuis bientôt 6 mois. Nommer, relier, mettre un peu à distance aussi, extérioriser.

Pour témoigner, pour me raccrocher à un fil, garder la tête hors de l’eau.

Pour laisser trace, pour garder la main de mon fils dans la mienne.

Mais pour vous aussi, pour donner des nouvelles, et partager ce que mon coeur et mes yeux voient, mais aussi pour vous emmener un peu avec moi, avec nous, dans ce voyage jusqu’au Sénégal, mais aussi dans ce retour chez nous.

Alors ce retour, c’est retrouver la douceur de notre maison, retrouver le connu, le familier, retrouver nos voisins, ceux tout près et ceux plus loin. Nous serrer dans leurs bras.

Mais c’est aussi comme une claque qui nous ramène des mois en arrière.

Les choses ont du mal à retrouver leur place. Ou alors c’est peut-être qu’il faut du temps là aussi. Le camion se vide doucement mais pas encore totalement. Nos objets personnels retrouvent place dans les espaces de vie… mais pas tous, pas encore, ne sachant pas toujours comment…

Et puis… je me surprends à imaginer Laye-Nino assis dans le garage dans son fauteuil rouge, peignoir / claquettes / chaussettes, musique à cale et nuage de fumée, et qui nous regarde rentrer à la maison.

Je le vois descendant de sa chambre et réajustant son peignoir (toujours) alors que je suis occupée avec Macéo à la confection d’un gâteau pour accueillir ses copains retrouvés.

J’entends des bruits à l’étage alors que Macéo dort à poings fermés…

Alors sur une idée de Macéo, nous montons tous les 3 au crêt de Chaussitre pour y déposer un dernier petit caillou. Depuis la maison la montée est belle, le soleil se fraie un chemin dans les sous-bois et inonde le sommet.

Et nous trouvons une place pour ce beau caillou, derrière ce rocher surplombant le décor en direction de Saint Genest Malifaux, en direction de Pillot, chez nous.

Et maintenant, tout le reste à vivre nous attend.

Un retour pour aller de l’avant.

Et peut-être que ce qu’il nous reste à vivre va se composer avec ce qui a été vécu et qui a marqué à jamais la rétine de nos yeux, les battements de nos coeurs, le grain de notre peau.

Le cerisier est en feuilles et se dresse vers le soleil, la lune nous éclaire à la tombée du jour.

J’ai rêvé que Laye-Nino serait là à notre retour. Mais il n’est plus nulle part et partout en même temps.

Nous avons tracé des chemins, sillonné des routes, et semé des cailloux pour marquer des lieux et ne pas nous perdre. Il en reste, peut-être comme ces chemins qu’il reste à explorer.

Une page se tourne avec la fin de notre voyage, et la fin de ce journal.

Peut-être qu’un jour il s’ouvrira de nouveau.

Merci d’avoir été là, avant, pendant et d’être là maintenant.

Merci de m’avoir lue, merci de vos mots et de votre soutien.

Nous sommes debout.

Hé Yama Yo - Chant Lakota (amérindien) – arrangement Anita Daulne
Stage de chants polyphoniques organisé par la Compagnie du Grand Delta – Saint Etienne – Oct 25

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