MAROC

# 13 ✨ Hier, aujourd’hui, demain

Nous sommes arrivés le 17 février sur cette terre rouge, en traversant le fleuve Sénégal pour descendre jusqu’à N’dangane où nous avons passé presque 3 mois.

Notre camion a pris sa place dans le village, sur le terrain de Babzo. Nos journées, semaines et mois sont passés, au gré de nos besoins, de nos envies, de nos « obligations », autour de la préparation des cérémonies.

Et puis ceux qui avaient pu faire le voyage pour nous retrouver ici, ont fini par repartir, les uns après les autres. Margaux en dernier, après une petite escale à Toubab Dialaw.

Et revenir à N’dangane a alors perdu de son sens.

Laye-Nino repose désormais en partie ici, sur la terre de son père, la terre de ses ancêtres, cette terre où j’ai moi-même vécu une partie de mon histoire. M’en éloigner me serre le coeur autant que cela devient nécessaire. Le retour « chez nous » s’impose, l’envie de refaire la route dans l’autre sens, même si la peur du vide à l’arrivée se fait de nouveau sentir…

Le chemin n’est pas terminé.

Alors nous gardons dans nos yeux et notre coeur ces moments vécus ici…

… et le 28 avril, nous reprenons la route vers Tivaouane Peulh, puis Saint Louis et direction la Mauritanie.

Notre compagnon de route donne des signes de fatigue, ou en tous cas de saleté dans les tuyaux… alors force est de devoir nous arrêter plus longtemps que prévu du côté de Dakar, histoire de faire un brin de remise à flot avant de reprendre la route.

Après… on se dit parfois qu’on a un niveau d’exigence différent d’autres ici…

Mais le 4 mai, le camion s’est refait une santé et nous prenons congé de la famille TOURÉ, non sans une certaine émotion. Mais direction Saint Louis pour réceptionner un colis de médicaments qui doit arriver le 5 mai.

Bon… Il n’arrivera que le 11… Alors nous allons passer nos journées à attendre, tout en arpentant les rues de cette ville qui a des trésors à offrir, mais aussi de la misère, de la mendicité quotidienne, une certaine forme de violence parfois…

Heureusement, il y a aussi « La Maison de la Gare ». C’est une association fondée par Issa, dakarois venu à Saint Louis il y a 17 ans pour travailler dans l’hôtellerie…

A force de réserver les restes du restaurant aux enfants de la rue, il les a vu affluer de plus en plus nombreux. Alors il a progressivement construit ce lieu pour accueillir les enfants talibés qui trop souvent, sont obligés de mendier pour manger et ramener de l’argent au marabout de leur daraa (école coranique).

Je vous invite à aller visiter leur site, ils en parlent bien mieux que moi.

Et si l’envie vous prend de les soutenir, c’est par ici 😉 https://www.helloasso.com/associations/coup-de-pouce-a-la-maison-de-la-gare

Mais quelle bouffée d’air que ce lieu qui respire la bienveillance et la sérénité. Les mêmes enfants qui nous jettent des pierres dans la rue quand on refuse de leur acheter un ballon, ou qui nous envahissent jusque dans le camion pour nous demander de l’argent…

… sont ici nourris, ont la possibilité de se laver, de suivre un semblant de scolarité, d’être soignés … Et surtout ils retrouvent le plaisir de jouer, notamment au foot ou à la lutte avec Macéo (qui a enfin une autre vision de ces enfants avec qui il est impossible de jouer au dehors).

Alors nous avons passé du temps là-bas, mangé avec eux, joué avec eux, hurlé contre l’arbitre du match de foot avec eux… et MERCI pour tout ça !

Le 11 mai, le colis réceptionné, des au revoir à la Maison de la Gare et nous prenons la route pour la Mauritanie, en décidant de passer par Diama cette fois, petite frontière à 45 minutes de Saint Louis.

Quelle bonne idée ! 😉 Il y a peu de monde, les douaniers sont tranquilles et aimables, et personne pour nous alpaguer tous les 3m en nous proposant tous les services dont on n’a pas besoin… Donc en 1h30, nous voilà de l’autre côté du fleuve Sénégal, en Mauritanie, à l’entrée du parc national du Diawling.

Bon… en contrepartie il faut encaisser 50 kms de piste TRÈS chaotique, mais le paysage est beau et ça laisse le temps de voir les animaux, oiseaux, phacochères, zébus, chameaux… (et de les voir venir de loin car le soleil brille dans un grand ciel dégagé ☀️😉)

Et alors que je commençais réellement à croire qu’on s’était perdu, on se retrouve sur une route fraichement refaite, qui nous amène quasiment jusqu’à Nouakchott… Du velours !

La nuit est … noire, fraiche et courte 🙃 et nous repartons tôt le lendemain pour rouler sous un ciel toujours aussi dégagé. Et quelle découverte : ils ont remis le paysage que la tempête avait démonté à l’aller 🤪.

C’est alors plus simple de rouler et de « voir venir » (#chamelledanslerétro). Et aussi ça va plus vite, tellement qu’on a l’impression qu’ils ont refait la route depuis notre passage en février (mais non, je ne crois pas !)

Mais le désert me reste hostile même s’il y a de la beauté dans l’arrondi de ses dunes et leurs courbes parfaites, devant l’acacia qui résiste tout seul au milieu de cette étendue immense, face aux couleurs et aux formes changeantes du sable… et les sahraouies toutes enveloppées de longs tissus colorés.

Mais quelle austérité que cette vie (dans mes yeux de « toubab » en tous cas!)

Le vent ne cesse de souffler, emportant avec lui des milliers de grains de sable qui fouettent le visage. Les habitations sont faites de tôles et de briques sableuses et tiennent par un bout de ficelle quand elles ne sont pas juste des tentes balayées par le vent…

Et je me surprends à éprouver une certaine anxiété en même temps qu’un émerveillement lorsque s’étale sous mes yeux l’étendue désertique à perte de vue… Je me surprends à penser que l’infini représenté est aussi infiniment terrifiant !

Et pourtant… parfois je me sens aussi plus sereine, moins « agressée » par cet environnement qu’à l’aller. J’ai l’impression de passer par des endroits que je n’avais pas vu, ou sans doute que mes yeux ne voyaient pas de la même manière à ce moment là de notre route…

La frontière passée, nous retrouvons Dakhla. Il n’y a plus autant de touristes qu’en février alors que nous étions venus sur un temps de vacances scolaires. Donc davantage de « locaux ».

Ceux qui partent à la nuit tombante pêcher le poulpe avec leur chambre à air sur laquelle ils fixent une batterie… eux même engoncés dans leur combinaison de plongée, chaussés de palmes et la frontale sur la casquette…

Ou d’autres qui viennent surfer la vague avant le coucher du soleil. Jeunesse rieuse et belle.

Et en même temps je les imagine dans une vie sédentaire et tellement isolée (encore une fois de ma place !) Tout se passe dans cette ville, rien d’autre avant la Mauritanie (Nouadibouh à 350 kms) ou Boujdour (300 kms) ou Laayoune (500kms)… et tout autour, le désert de rocaille et de dunes à perte de vue.

De telles étendues laissent aussi la place à la mégalomanie pour certains. Le retour des noms d’hôtels luxueux version Amérique (« Palm lagoon » « Florida beach »…) avec des méga complexes qui donnent un air de film comme Starwar ou Dunes, à ces habitations troglodytes ou en forme de Barbapapa nichées au creux des dunes ou des falaises de sable…

Alors on trace.

Une envie forte de sortir du désert au-delà de l’envie de voir un autre côté du Maroc, remonter par l’est et l’intérieur des terres. Et le temps passé à attendre pour quitter le Sénégal, a réduit le temps pensé pour voyager au Maroc… Alors pas de temps à perdre !

Dakhla, Laayoune, Taroudant… Déjà la végétation apparait, mais encore beaucoup autour des oueds, cours d’eau encore très souvent asséchés.

La palmeraie de Tioute,

et la route jusqu’à Ouarzazate,

Aït Benhaddou et encore la kasbah de Télouet… magnifique au-delà des séquelles du séisme de 2023,

et un petit bout de coin perdu au bord de l’oued Tensift

Mais le désert est encore et toujours là, il est long le chemin pour s’en éloigner!

Les montagnes sont apparues rendant le décor autrement changeant. C’est splendide de couleurs, de traces, de lignes…

Mais il fait chaud, très chaud… et je manque d’eau!

Et puis… ce mois de mai…

C’est mon corps qui me le rappelle avant ma tête… Mon corps qui se sent fatigué, qui peine parfois à trouver son air… et puis je me souviens. Il y a 1 an, il y a 2 ans… Ce mois de mai sonne comme le début d’un compte à rebours vers l’impensable… des dates qui s’imposent et ramènent le douloureux, la peur… autour de la maladie de Laye-Nino.

Alors je suis engluée dans une tristesse si profonde qu’elle me pèse, me fatigue… Nous sommes englués dans un marasme qui nous colle à la peau, dans des pensées qui prennent tellement de place qu’il est parfois, voir souvent, difficile de vraiment être présent à ce que nous traversons, voyons, vivons tout autour de nous…

Je nous sens survolant les moments, les places, les souks…

Macéo le sent bien et est infernal, comme un pantin qui s’agite pour nous animer… ou qui arrive parfois à nommer sa propre tristesse et ses peurs du retour…

On se parle, on essaie de se relever encore…

Alors on continue, on trace la route vers plus de végétation, vers de la nature moins aride et rocailleuse, vers des oueds remplis d’eau, des barrages où se baigner… Et les yeux reprennent un peu de leur conscience. La vie les yeux ouverts.

Marrakech,

Puis un coucher de soleil quelque part au milieu de nulle part, seuls au monde…

Barrage de Bin El Ouidane,

Lac d’Afenourir, au milieu du parc d’Ifrane autrement appelé « la petite Suisse »… On se croirait presque perdus chez nous en France, dans nos forêts… C’est beau, à perte de vue.

Aïda et son mari vivent là avec leurs 3 enfants… et leurs moutons, et leurs 8 chiens, dans cette « maison » ensevelie sous des pierres, de la terre, du plastique, du bois, et des couvertures… rappelant qu’ici, à 1800m d’altitude, il neige l’hiver et il peut faire 48* l’été…

Fès,

Chefchaouen,

Et je vois…

Des bergers, des bergères…

Des lauriers à perte de vue le long d’oueds asséchés. Des coquelicots au milieu des champs de blé, des chardons bleus… et d’autres dont je ne connais pas le nom. Des oliviers, des cèdres majestueux…

Des gens qui marchent, des jeunes filles à vélo avec foulard et chapeau.

Des camions chargés de 2 fois leurs volumes.

Des moutons à moto, bicyclette, triporteur, en roof top camion… qui se préparent (sans le savoir) pour le grand génocide de l’année : l’Aïd el Kebir.

Des femmes qui fauchent à la main les champs de blé et d’orge.

Des décors de films, entre western et science-fiction. Mais aussi un petit goût de garrigue ou des Landes. Des roches aux couleurs changeantes, aux courbes variées de l’horizontale à la verticale. Et ces couleurs!…

Avant de quitter le Maroc, on aura aussi eu le temps de rencontrer certains de ces marocains au grand coeur, de quoi remplir le nôtre d’humanité avant de quitter le continent africain.

Bientôt le bateau pour l’Espagne. On se rapproche de chez nous…

5 commentaires

  • Maman Mame Martine

    Merci ma Manou pour ces écrits: j’ai toujours autant de plaisir à te lire et à regarder tes magnifiques photos 🤩!
    Bonne traversée 🐳🫍peut-être avec les dauphins ?
    Je t’embrasse tendrement 💚🌷🥰

  • Odile

    Merci, chère Manou, pour ce premier long récit du retour si magnifiquement illustré. Comme c’est émouvant de vous suivre ! Merci de nous permettre de partager tant de beauté ! Bonne traversée et bonne route. Je vous embrasse, Odile

  • Jacques

    Bonsoir chère Manou, sans oublier tes deux Hommes.
    C’est toujours le même plaisir de consulter ton carnet de cet improbable voyage que vous avez imaginé et réalisé, tant pour les très nombreuses magnifiques photos que pour l’expression de tes ressentis et tes sentiments, souvent mélancoliques, à juste titre. Vous savez bien que votre vie ne sera plus vraiment comme avant.
    Bonne continuation, sans trop de mauvaises surprises, « Vous le valez bien » 😏
    Bises affectueuses de nous Deux

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