# 11 ✨ Prendre le temps de respirer
Le temps a passé. Les jours sont devenus des semaines, puis des mois…
Deux mois que nous sommes ici, à Ndangane.
Et l’écriture n’est pas venue. Ce fut plutôt le temps de s’arrêter. Alors c’est ce que nous avons fait.
Après toute cette route, tout ce chemin pour nous amener jusqu’ici, le camion pour porter nos corps endormis, il a fallu du temps pour se poser et retrouver l’énergie et l’envie de nous remettre en mouvement par nos propres moyens, de nous remettre debout.
Loin de chez nous, loin de Pillot, loin de nos habitudes, ce coin de terre nous a offert l’occasion de prendre le temps dont nous avions besoin.
Pourtant, ce coin de terre n’est pas toujours un cocon.
Le soleil est certes quotidien, mais tellement chaud qu’il écrase les couleurs, et nos corps fatigués. Les rues ont l’odeur des fleurs de ditakh, de palétuviers, de la cuisine à ciel ouvert, mais aussi des déchets, de la charogne…

Le sable nous brûle souvent les pieds, la poussière s’infiltre dans chaque recoin du camion, sur chaque centimètre de notre peau. Les cafards sont des king size, peut-être à l’image du mien…
La lenteur est partout, et de fait lorsque les rues ne sont que des pistes sablonneuses, et que la chaleur nous écrase.
Les gens nous saluent et prennent des heures (ou presque 😋) à s’enquérir de notre santé, de notre humeur, de nos proches… et ce à chaque fois que nous nous croisons. Pourtant, ici comme ailleurs, ce sont aussi des formules de politesse qui servent d’abord à se saluer, et au mieux à se rassurer. Car quand mon dedans est dur, ou triste… seuls les plus proches peuvent accueillir et me prendre dans leur bras pour me dire de ne pas pleurer.
Et les enfants peuvent nous jeter des pierres car nous refusons de leur donner de l’argent pour acheter leur ballon. Et chacun est prêt à marcher sur l’autre pour obtenir son sandwich ou sa baguette de pain à la boutique. Et les différends se traitent trop souvent à coup de bâton, de gestes violents ou de cris, à défaut de savoir se parler.
Et l’argent manque, encore beaucoup trop pour un trop grand nombre de sénégalais qui se retrouve à tout tenter pour obtenir quelques billets, au risque de confondre gentillesse et séduction…
Mais parmi tout ça, il y a ceux qui sont prêts à rendre service tout le temps, sans rien demander en retour. Et puis, il y a ceux qui peuvent parler, qui peuvent mettre des mots sur ma tristesse, ma détresse parfois, en écho à leur histoire… Il y a ceux qui sont là depuis le premier jour, qui m’ont ouvert leurs bras, leurs maisons, leurs coeurs. Les inconditionnels, ceux que je retrouve chaque fois, même quand le temps a passé.
Il y a Fa et Yarou, Rama et Ibou, Moussa et Khady… Il y a Thiané, Adji, Ibou, Nogueye, Candy, Ndiaya, Iba, Talla, Fallou, Soukeye, Mbosse, Ousmane, Diatou, Modou Bambara, Amadi, Marie, Babacar, Kiné, Soukeyna, Daba, Ndeye Yassine, Filli, Victor, Khady, Aziz, Libass, Pape Kane, Modou, Am, Mamadou, Jeanne, Baba, Ousmane… et Ridial, Bass, Omar, Morice, Charleo…











Et puis le soleil rend ma peau bronzée et me donne meilleure mine… 😉
Et puis le café touba de Khady est toujours aussi bon, avec son sandwich au thon ou aux petits pois pour commencer doucement la journée. Et les « petits » plats de Thiané sont un régal chaque fois, et me font reprendre rapidement du poids… ce qui les rassure 😉! Le jus de bissap est sucré, le gingembre pique un peu, le moringa est doucement acidulé.
Et les discussions avec Pape Kane sont toujours aussi riches (et longues… 😉). Victor, Aziz, Libass « l’homme tranquille », tous ont vieilli, comme moi, mais sont toujours authentiquement là, habitués à nos bizarreries de toubabs, accueillants, ouverts et disponibles malgré la dureté de la vie ici. Et Baba est toujours le meilleur tailleur de Ndangane, et toujours aussi amoureux de sa belle Ousmane.
Le thiouraye sent toujours aussi bon, cet encens fait d’herbes, de résines, de racines et d’épices que l’on fait brûler à longueur de journée à l’intérieur des chambres, pour purifier l’air et éloigner les mauvais esprits ou juste parfumer la pièce .
Et les oiseaux sont tellement beaux et colorés, et leurs chants parfois si forts et si joyeux.





Le fleuve est toujours aussi beau, constant, lumineux.


Les couleurs sont partout présentes, dans les plumes des oiseaux, les pétales des fleurs, le vert des arbres, les tissus, le bleu du ciel, les enduits des murs, les étales de fruits, les bassines et satalas (ces bouilloires en plastique qui remplacent le robinet d’eau, voir le PQ…🙃), les nattes sur lesquelles on s’installe le temps d’une sieste ou d’un repas, les dessins sur les murs mais aussi sur les bus…




Les femmes sont toujours aussi belles, parées de tissus colorés, avec leurs allures élancées, la cambrure de leurs bassins, la courbure de leurs silhouettes, tête haute, emperruquée ou enrubannée.




Et leurs sourires sont partout (ou presque)… toujours et encore leurs sourires. Et leurs rires de nous voir baragouiner quelques mots de wolof, ou tenter quelques pas de danse… Et la musique, ces voix nasillardes, ces rythmes traditionnels qui les rassemblent, qui les unit, qui leur fait parler le même langage le temps d’une célébration, d’une soirée autour du feu…
Et les couchers de soleil sont toujours aussi beaux…





Et les levers de lune toujours aussi changeants et lumineux.




Alors oui, quel bel endroit pour reprendre racine, pour prendre le temps de respirer, d’écouter, ressentir… Quelles belles personnes auprès de qui me consoler, rire, chanter et raconter.

Le temps m’a offert cet espace. Pendant plus d’un mois, il a été essentiel de prendre ce temps et retrouver un peu d’espace à l’intérieur de moi.
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3 commentaires
Feloche
Magnifique ma bâse…tu auras laissé le temps »rouler » en toi…sur toi…afin de pouvoir lui déposer tes mots, à ce temps de la reconstruction…
Je t’aime fort❤️
Odile
Merci, chère Manou, tu sais si bien mettre des mots….
Courage, je t’embt’rasse de tout mon cœur,
Odile
martine, maman, mame
Merci ma Manou, c’est toujours un grand plaisir de te lire et de découvrir tes superbes photos 🤩!
Grand merci pour ce partage de toi 💚💛❤️
Tendres bises 🥰💚🌷❤️
Maman