SENEGAL

# 12 ✨ Le temps des cérémonies

Le temps est venu de célébrer Laye-Nino ici, sur la terre de ses ancêtres sénégalais.

Son père, Modyboye nous a associé aux coutumes de son pays, pour accompagner Laye-Nino dans son voyage vers un ailleurs, loin de nous mais apaisé.

Une première cérémonie s’est tenue le samedi 11 avril à Tivaouane Peulh, banlieue de Dakar, lieu de vie actuel de sa grand-mère, Mame Kiné. Ils ont dressé des tentes, alignés des chaises, affiché le visage de mon fils portant fièrement le maillot de foot du Sénégal comme il aimait le porter à longueur de journée… et de nuit.

Ils ont fait venir l’Imam accompagné des talibés, ces élèves de l’école coranique, pour réciter et chanter des prières pour le repos de l’âme de Laye-Nino.

Et puis tout le monde est venu… les tantes et cousins et cousines de Pikine, autre banlieue de Dakar où se situe la maison familiale de Demba Fotigui Touré, le grand-père de Laye-Nino. Sont aussi venus les voisins de Tivaouane Peulh et les proches de la famille ici, mais aussi les enfants curieux… Et puis les nombreux amis et familles de France, de ceux qui ont pu nous rejoindre ici.

Ce fut un moment chargé d’émotion, de tristesse et même de colère, mais aussi peut être d’apaisement, de possible recueillement pour chacun, croyant ou non. Les prières sont parfois des chants, les paroles sont destinées aux louanges de Laye-Nino et de sa famille…

Après les prières, la tradition est de distribuer le Lakh, cette bouillie de mil parfumée à la fleur d’oranger, mélangée de raisins secs et couverte de lait caillé sucré.

Quant au Thiebou souwer, plat typique des repas de cérémonies, il a été distribué à tous ceux présents un peu plus tard dans l’après midi, accompagné du jus de bissap, dont Laye-Nino raffolait tant.

La seconde cérémonie a eu lieu plus tard, le mardi 14 avril. Familles et amis d’ici et de France nous ont accompagné en pirogue pour rejoindre l’île au baobab, à l’entrée des bolongs qui serpentent dans la mangrove, dans ce delta du Saloum.

Nous sommes en pays sérère fait de croyances animistes qui donnent beaucoup de place au mystique de la vie. Nous avons creusé la terre au pied du grand baobab pour y enterrer l’urne contenant une partie des cendres de Laye-Nino.

Certains disent que ce baobab est sacré et que l’on n’arrache pas ses racines si facilement. Si nous avons pu le faire, c’est que l’arbre était d’accord. « Ça veut aussi dire que l’arbre a accepté Laye-Nino, que le village aussi l’a accepté et que ce n’est pas fini, Laye-Nino a encore des choses à faire ici… »

Nous avons parlé, chanté, prié… pour rendre un dernier hommage à notre enfant parti trop tôt.

Les enfants ont peint cette plaque qui est désormais plantée au pied du baobab. C’est la première fois que je lis l’année de naissance collée à l’année de mort de mon fils…

On raconte qu’un héron cendré s’est posé sur l’arbre lorsque j’ai pris la parole pour m’adresser à Laye-Nino, et il est resté là, au-dessus de nous, tout le temps de mon discours…

Il a sans doute entendu aussi les mots de Thom, de Jacques, les mots de Modyboye son père. Il a peut-être aussi entendu les chants qui se sont levés, chants d’ici et d’ailleurs, parole universelle.

Et puis la brise aussi s’est levée, et on raconte ici qu’elle porte l’esprit de nos veilleurs. Alors portés par son souffle, nous sommes repartis en pirogue et avons rejoint les berges du fleuve.

Le soir, nous nous sommes réunis autour d’un grand feu sur la plage, le temps de jouer, danser et chanter ensemble, réunis… jusqu’au bout de la nuit, en espérant jusqu’au bout de la vie.

Laye-Nino veille aujourd’hui sur nous, ici au Sénégal, en France et partout où nous sommes. Il appartient à chacun d’y croire et d’en lire les signes dans les rayons du soleil comme dans les gouttes de pluie…

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